LES COULISSES DE MÊME

Interview : Dr Claude Boiron, une oncologue et une femme en or

Nous sommes aujourd’hui très fières de vous présenter un médecin pas comme les autres: Claude Boiron. Nous avons eu la chance de la rencontrer il y a maintenant plus d’un an dans son bureau de l’Institut Curie – René Huguenin à Saint Cloud. Devenue l’un des premiers membres de notre comité scientifique en tant qu’experte des soins de support, nous ne l’avons depuis plus quittée. Rencontre avec Claude Boiron, qui aide les patientes à faire face à tous les petits ou grands maux du quotidien pendant et après les traitements.  

INTERVIEW

MÊME : Sur le papier, vous êtes « oncologue médicale spécialisée en tant que médecin de soins de support ». Plus concrètement et en quelques lignes, comment définiriez-vous votre rôle auprès des patientes ? 

Dr Boiron : Mes consultations sont dédiées aux femmes après cancer du sein. Les femmes me sont adressées par leur oncologue pour un symptôme, comme des bouffées de chaleur, des douleurs ostéo-articulaires ou un lymphoedème (gros bras) ou de plus en plus pour une fatigue persistante après traitement, avec un retentissement important sur la qualité de vie et/ou la reprise du travail.

Au cours de ces consultations qui durent entre 45 min à 60 min, l’objectif est de prendre en compte la personne dans sa globalité, et non uniquement le symptôme, d’évaluer et de repérer les différentes problématiques (physique, psychique, professionnelle.) et de trouver ensemble des réponses.

MÊME : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous spécialiser sur ce sujet ? 

Dr Boiron : Ayant moi même été traitée pour un cancer du sein, j’ai préféré quitter mon rôle de chimiothérapeute pour accompagner la personne malade. J’avais compris le fossé qui sépare définitivement la personne insouciante de celle qui avait envisagé sa propre fin. Cette spécialité, qui prend en compte la personne dans sa globalité, s’appelle « soins de support ». Par ailleurs, très attirée par les médecines non conventionnelles, je me suis formée à l’auriculothérapie et pratique le Qi gong, la méditation…

Aussi dès mon arrivée à L’Institut Curie en 2011, j’ai été amenée à voir de plus en plus de femmes pour des bouffées de chaleur, des douleurs et des lymphoedèmes. J’ai entendu des centaines de femmes utiliser les mêmes mots pour exprimer la culpabilité, l’abandon, la perte d’estime de soi, les difficultés pour accepter ce nouveau corps, les difficultés pour reprendre la même vie qu’avant, la fatigue, les troubles du sommeil, les troubles de l’attention, la perte de la libido, la sécheresse vaginale, enfin tous ces maux qui font que contrairement à ce que croit l’entourage proche et professionnel, il n’est parfois, plus possible de vivre comme avant.

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Claude Boiron ©Pierre-Emmanuel Rastoin

MÊME : Quel le plus important pour vous dans votre approche des patientes ? 

Dr Boiron : Tout d’abord, l’écoute. Dans une médecine de plus en plus comptable qui recherche l’efficience, le temps des consultations est raccourci. Ces femmes ont besoin d’être entendues. Vous savez, quand j’ai commencé mes consultations « fatigue », au début, je me disais « que vais-je leur dire ? comment vais-je les aider ? » et j’ai découvert comment le simple fait d’écouter, de les comprendre faisait déjà partie du soin. Martine Ruzniewski, psychologue, parle de « rencontre » et j’approuve entièrement cette approche. Il s’agit avant tout d’une rencontre entre deux femmes, une qui a besoin d’être entendue et comprise et l’autre qui fait de son mieux pour l’accompagner.

MÊME : Quel est votre objectif quand les patientes quittent votre bureau ?

Dr Boiron : J’ai plusieurs objectifs : tout d’abord, expliquer que les difficultés rencontrées sont légitimes, ne traduisent pas une faiblesse de leur part, et qu’elles ne sont pas seules à traverser cette période difficile. Ensuite, ne pas banaliser le cancer ni son traitement. Que l’on ait eu de la chimio ou non, on est traitée pour un cancer et les bouleversements induits ne sont pas proportionnels à l’intensité du traitement. Redonner confiance en affirmant que le chemin sera plus ou moins long, et qu’elles vont trouver en elles les ressources pour avancer. Donner des pistes pour améliorer le quotidien : activité physique, alimentation, yoga, Qi gong, méditation, soutien psychologique, kinésithérapie, en privilégiant les techniques non médicamenteuses. Je suis intimement persuadée que notre rôle de soignant est de redonner confiance dans les propres capacités à chacun d’être son propre thérapeute.

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MÊME : Quel signe vous donne le sentiment d’avoir permis à une patiente d’avancer ?

Dr Boiron : Une tension qui disparait, remplacée par un sourire 🙂

MÊME : Vous proposez également aux femmes des séances d’auriculothérapie. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette technique de plus en plus répandue en soins de support?  

Dr Boiron: L’auriculothérapie correspond à des stimulations du pavillon de l’oreille à des fins thérapeutiques. Technique développée en France par Paul Nogier en 1951, elle est reconnue par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) depuis 1997. Il ne s’agit pas d’acupuncture mais de réflexothérapie. En stimulant certains points de l’oreille, on créé un arc réflexe qui va stopper certains messages véhiculés par les nerfs au cerveau.
Les indications sont nombreuses et en cancérologie on l’utilise beaucoup pour les bouffées de chaleur, les douleurs secondaires à des lésions de nerfs (neuropathies), des douleurs ostéo-articulaires, le sevrage du tabac, les troubles du sommeil, les nausées et vomissements…

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MÊME : Vous avez créé la superbe association A Force d’envie afin de permettre à des femmes de s’accorder une parenthèse bien-être pendant quelques jours dans le Morvan, après leurs traitements. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette belle initiative ? 

Dr Boiron: C’est l’aboutissement d’un rêve, d’un désir, d’une envie. Dans un but unique, permettre à des femmes qui ont souffert, un temps pour elles, afin de partager, couper avec leur quotidien, trouver des pistes pour aller mieux et se retrouver. Un accompagnement global, centré sur le corps afin de reprendre confiance en soi grâce à différents ateliers animé par une équipe d’amis proches. Pour réaliser ce projet, j’ai eu la chance d’être bien entourée : Franck et François, amis de longue date se sont investis à mes côtés pour co-fonder l’Association et animer les ateliers de théâtre et d’expression corporelle et de yoga.

Mais aussi de ma famille, de tous mes amis et proches qui ont cru dans ce projet et qui ont financé le premier séjour. Cette semaine a été riche en émotion, le partage dans un climat de totale confiance et de bienveillance et nous a conforté dans notre action.

Le Théâtre du Ranelagh organise le samedi 25 mars à 17h une représentation exceptionnelle du Mariage de Figaro de Beaumarchais pour soutenir l’association du Dr Boiron. De notre côté, nous y serons 🙂  Rendez-vous vite sur le site du théatre pour pouvoir prendre vos places !

Pour en savoir plus…

Si vous habitez en région parisienne et que vous souhaitez voir le Dr Boiron en consultation, c’est à l’Institut Curie – René Huguenin que ça se passe ! 🙂

Centre René Huguenin – 35 Rue Dailly, 92210 Saint-Cloud – claude.boiron@curie.fr

De votre côté, n’hésitez pas à partager avec nous en commentaires d’autres bonnes expériences en soin de support pour mieux vivre son cancer ! 

2 commentaires

  • Chaput 17 mars 2017 à 22 h 52 min

    Merci à ce docteur moi meme ayant eu un cancer du sein je trouve le docteur Boiron assez exceptionnelle plein d humanité chose Qui manque Bien souvent à nos nedecins et qui comprend les problèmes qu on peut ressentir merci

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    • Judith de MÊME 23 mars 2017 à 14 h 07 min

      ❤️❤️❤️

      Répondre

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